Les conditions deviennent dures et restrictives dans les camps de réfugiés en Tanzanie


Dans la seule année 2003,du moins jusqu'à la fin du mois d'août, plus de 52.200 est l'effectif global des Burundais qui se sont rapatriés. De tous ces rapatriés, seuls 19560 sont des "facilités"alors que 32686 sont des rapatriés spontanés. Cette disparité entre les rapatriés spontanés et les rapatriés facilités s'explique par le fait que les conditions de vie dans les camps de réfugiés sont, assure-t-on, devenues tellement dures et restrictives que les réfugiés décident nombreux de se rapatrier sans considération de la situation qui prévaut dans le pays de retour. C'est au mois de mai que ce phénomène a apparemment commencé à s'observer, pour s'amplifier durant les mois de juin et juillet..

 

Mai

juin

juillet

août

r.f

r.s

r.f

r.s

r.f

r.s

r.f

r.s

Muyinga

724

7

1202

1

745

1

623

0

Kirundo

306

0

530

1

323

1

295

1

Ngozi

119

10

181

2

92

7

51

0

Kayanza

30

7

38

3

55

5

24

1

Ruyigi

0

3397

91

3851

577

1338

330

1179

Cankuzo

343

213

921

8

85

50

42

1

Karuzi

40

26

388

17

165

7

152

2

Mwaro

0

5

3

6

2

0

4

3

Rutana

25

458

3

510

204

90

372

102

Makamba

0

1930

0

3219

26

2428

112

1608

r.f: rapatriés facilités

r.s: rapatriés spontanés

 

Remarquez que la catégorie des rapatriés spontanés et la plus nombreuse dans la mesure où, du moins jusqu'à mi-Août, elle rassemblait sous son nom tous ces rapatriés qui n'entraient pas par KOBERO, seul poste qui jusque-là était reconnu par le H.C.R comme point d'entrée des Burundais dont le rapatriement est facilité. La plupart sont passés par CANKUZO, RUYIGI et MAKAMBA.

De grands décalages entre les rapatriés facilités et les rapatriés spontanés s'observent beaucoup en provinces Makamba et Ruyigi. Cela s'explique peut-être par le fait que, avant la fermeture de ses bureaux dans ces deux provinces, le H.C.R, y avait des postes d'entrées et des centres de transit pour les rapatriés. Etant donné le nombre élevé des demandeurs, candidats au rapatriement par le H.C.R, tous ne pouvaient pas, dans les délais souhaités, passer par le poste de KOBERO, seul point d'entrée reconnu pour les rapatriés facilités. Plutôt que d'attendre longtemps, quelques uns sont revenus par le poste frontalier du camp où ils s'étaient exilés

Il est donc entendu que, ces derniers temps, les Burundais réfugiés en Tanzanie attendent nombreux et saisissent au bond toute occasion qui se présente pouvant les ramener au pays natal. "Quand bien même les conditions de bonne sécurité ne sont pas remplies, disent ces rapatriés, nous préférons notre pays. De deux maux, disent-ils, on choisit le moindre (ibibi birarutana); par ailleurs, poursuivent-ils, nulle part on est à l'abri de la mort, mais on peut tout de même fuir la faim (Ntawuhunga urupfu mugabo umuntu arashobora guhunga inzara)." C'est en substance la justification qu'ils fournissent à cette volonté de rentrer qui aujourd'hui plus qu'hier se manifeste chez les réfugiés, de façon collective, personnelle et spontanée.

Il apparaît dès lors que depuis plus de trois mois, les conditions de vie dans les camps en Tanzanie ont lamentablement changé. Et pour cause, racontent les rapatriés, il est, depuis quelques temps, interdit aux réfugiés burundais de sortir des camps. Dans ces conditions, la vie devient pour eux impossible car, affirment-ils, la ration leur accordée par le H.C.R ne suffit pas. Auparavant, ils pouvaient survivre grâce aux compléments q'ils tiraient des rémunérations des services divers rendus en dehors des camps. Du moment où ils ne sont plus autorisés à sortir de ces derniers, pour des raisons de leur sécurité et celles des populations tanzaniennes voisines de ces mêmes camps, si l'on en croit les sources proches de l'administration territoriale tanzanienne, la vie pour les réfugiés burundais devient ipso facto quasi impossible; d'où, sans condition aucune, beaucoup optent pour un rapatriement des fois fort risqué.

Dans quelles conditions sont alors accueillis et réinstallés ces rapatriés qui actuellement arrivent en masse ?

D'après les services proches du M.R.R.D.R., il est en principe aisé pour le H.C.R. et les responsables du ministère ayant le rapatriement dans ses attributions d'accueillir et de réinstallés des rapatriés venus de façon officielle, organisée par le H.C.R. Il est néanmoins difficile et problématique d'assister ceux, de façon spontanée se rapatrient entrant le plus souvent par des points où le H.C.R n'a pas prévu des facilités.

Si le transport et l'octroi, à l'arrivée, d'un paquet retour sont garantis par le H.C.R. pour les rapatriés organisés, les rapatriés spontanés eux font le trajet par leur propre moyens s'exposant ainsi aux bandits qui, sur leur chemin les pillent, violent voire même tuent et surcroît arrivent au pays où aucune assistance n'est prévue. C'est à peine que des fois, le ministère ayant en charge le rapatriement peut leur distribuer quelques vivres et non vivres dérisoires, après avoir fait appel aux organisations humanitaires

Les problèmes des rapatriés ne se posent pas seulement au niveau de leur transport et accueil, ils se posent aussi, de façon plus accrue, au niveau de leur réinstallation et réinsertion. Et ce pour les deux catégories de rapatriés. En effet, arrivés au pays, il leur est accordé des facilités de transport jusque, chacun, dans sa commune d'origine, mais comme l'affirment certains rapatriés, l'assistance s'arrête là. Rares sont donc ceux qui, comme le prévoit l'Accord de paix d'Arusha, bénéficient d'un encadrement, et d'une aide organisée pour leur réinsertion socio-économique.

 

A titre illustratif donnons le cas de cette famille de la commune ITABA en province GITEGA. Elle est rentrée de l'exil de Nduta il y a environ une année; voilà qu'elle n'a pas encore pu ériger son propre logement ; pour motif, elle n'a pas où construire dans la mesure où elle a trouvé sa petite propriété foncière " vendue par la justice locale" soit disant "pour couvrir les infractions qui auraient été commises par certains de ses membres avant de s'exiler". Il paraît que dans cette même contrée, d'autres cas de rapatriés sans-terres existent , ils ont trouvé leurs domaines occupés par leurs voisins qui, à force d'exploiter les terres laissées pendant quelques temps en friche, ont fini par s'en approprier. On leur dit que les conditions, ne sont pas encore réunies pour que la justice s'y penche.

Pour tous ces cas, observés à ITABA et ailleurs au pays, pourquoi ne pourrait-on, comme solution transitoire, y parer en octroyant des lopins de terres sur les sites pourtant déjà identifiés à cette fin,

Il est aussi vrai que, nos compatriotes regagnent la mère patrie en masse, ce qui est une bonne chose; mais l'opération de leur réintégration accuse beaucoup de lacunes qu'il faudrait quand même combler ou plutôt. Si non, comme certains en ont déjà l'impression, les rapatriés risquent de se retrouver dans des conditions beaucoup plus dures dans leur pays qu'en exil. Le rapatriement a pourtant fait objet de beaucoup de protocoles d'accord, beaucoup de commissions ont étaient prévues dont un bon nombre sont en principe fonctionnelles. Pourquoi alors tous ces problèmes de réinsertions dont se lamentent les rapatriés ? Espérons que les actes concrets suivront le plus rapidement possibles les promesses verbales.

 

 

J.D.N

                          

 


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