A Ruyigi avec le crépuscule, commence une peur bleue ..


Ces derniers jours, il est signalé presque partout dans le pays, une insécurité généralisée, caractérisée par des cas de vol, de viol et autres violences très accrus. De façon générale, cette situation préoccupe tous les Burundais; mais alarme particulièrement le cultivateur, le petit commerçant ainsi que l'éleveur du milieu rural qui de façon quasi quotidienne sont la cible privilégiée de ces hors la loi.

A Ruyigi par exemple, si un cultivateur brave l'insécurité presque permanente pour labourer et semer son champ, chose étonnante serait qu'il le récolte lui-même. L'éleveur qui, jadis, en contemplant ses bêtes les admirait et se sentait fier, aujourd'hui, à la vue de son cheptel, il est assailli par le chagrin; il vit dans la hantise quasi-quotidienne des bandits armés qui, d'un moment à un autre peuvent l'attaquer et lui prendre tout, le laissant dans le dénuement, dans une désolation la plus totale. C'est par miracle divin que sa vie reste sauve.

Dans cette province, la situation est telle que, avec le crépuscule, commence une peur bleue qui pousse les populations à prendre leurs effets, quitter leurs ménages pour aller se réfugier au chef-lieu de la province, de la commune ou de la zone administrative ou près d'une position militaire. Ceux qui n'effectuent pas ce mouvement se terrent dans leur bananeraie ou une brousse proches de leurs demeures. Très peu sont des gens qui passent la nuit sous le toit de leurs propres maisons.

Messieurs Aloys Kadende et Pascal Nkware sont deux éleveurs qui vivent cette situation. Ils se sont respectivement déplacés des collines Buruhukiro et Kigamba pour trouver, avec leur troupeau, refuge au chef-lieu de la commune Ruyigi.

Par leur témoignage, ils laissent entendre que la situation d'insécurité date de longtemps et perdure sur leurs collines. S'ils ont finalement pris la décision de déménager de leur propriété, c'est parce que de plus en plus ils désespèrent. Ils trouvent que manifestement rien ne semble se faire dans la perspective d'assainir la situation et améliorer ainsi leur conditions de vie qui sont on ne peut plus déplorables. Mais, disent-ils, bien qu'ils aient pu arriver jusque là, ils ont peut-être échappé à un danger mais un autre les guette toujours. En effet, personne, qu'il s'agisse de l'administration provinciale ou des organisations humanitaires, n'est jamais venu les aider, se lamentent-ils. Pourtant, leurs conditions sont connues de tout le monde dans la mesure où il passent la nuit au chef-lieu de la commune avec leur troupeau.

 Ces gens ont un besoin impérieux d'une aide d'urgence, composée notamment de vivres et du nécessaire pour se couvrir. Par cette occasion, ils lancent un vibrant appel à quiconque peut les secourir sans délai. Ils recommandent surtout aux parties au conflit, aux combattants, de respecter les accords de cessez-le feu qu'ils ont signés. Comme les groupes d'opposition armés qui les pillent et leur font subir des souffrances énormes justifient leurs actes par le manque de nourriture, les gens de Ruyigi supplient le gouvernement de recommencer le ravitaillement de ces groupes tel que conclu dans les accords de cessez-le-feu. Peut-être que les violences que les populations endurent depuis pratiquement le mois de janvier pourraient; de ce fait, diminuer d'intensité.

En conclusion, la population de Ruyigi demande à tous les acteurs politiques burundais d'œuvrer pour finalement aboutir à un arrêt total de la guerre, à une paix effective, seule solution durable aux problèmes burundais.

 

                                                                                                                        J.D.N.

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