Le phénomène "Jeunes gardiens de la paix". Quel avenir pour ces paramilitaires?


Avec la recrudescence et la reprise de l'ampleur de la guerre burundo-burundaise, durant la deuxième moitié de l'année 1996 et au début de l'an 1997, les autorités politico-militaires ont finalement pris la décision de sensibiliser les populations civiles pour q'elles contribuent dans la sauvegarde et le maintien de leur propre sécurité. Dès lors, dans presque toutes les communes du pays, des jeunes gens ont acquis une formation paramilitaire afin que, le cas échéant, ils puissent se défendre et défendre les populations de leurs environs, en attendant une intervention des forces régulières de l'ordre. Le phénomène "Jeunes Gardiens de la paix " était ainsi né.

A Rumonge, localité qui a subi beaucoup d'attaques de la part des différents groupes rebelles, le calme relatif que l'on y trouve actuellement est l'œuvre de ces civils qui appuient l'action militaire dans le maintien de la paix et la sécurité, si du moins l'on en croit certains de ces "Jeunes Gardiens de la paix".

Boniface et Claver affirment en effet que, n'eût été le dévouement et la bravoure des gardiens de la paix, Rumonge aurait connu beaucoup plus de destructions que la situation ne l'est actuellement. Le quartier de Kanyenkoko serait actuellement vide d'hommes et tout en ruines. En effet, ce quartier à haute activité commerciale était le plus souvent le théâtre des attaques rebelles. Sa population à majorité commerçante cherchait à fuir. Mais, de façon progressive, les embuscades tendues aux véhicules sur les routes, les attaques nocturnes des domiciles, les pillages, les vols et viols, tous ces phénomènes ont été plus ou moins jugulés grâce au concours des Jeunes Gardiens de la paix. Leur rôle aura été on ne peut plus prépondérant dans la sécurisation et le retour au calme de leur localité, bien que de mauvaises langues ne manquent pas de les traiter de voyous et de délinquants.

A ces personnes qui les dénigrent et les prennent pour des voleurs les "Gardiens de la paix" font remarquer que c'est de l'injure qu'elles profèrent à leur endroit; ceux-ci les considèrent comme des ennemis de la paix, des hommes ou femmes qui soutiennent ou opèrent ensembles avec les groupes d'opposition armés. A ces gens là, poursuivent-ils, l'unique réponse à leur apporter, c'est de les combattre comme fauteurs de troubles.

Néanmoins, ces "Gardiens de la paix" de Rumonge se ravisent et reconnaissent qu'ils ne sont pas parfaits. Des fois, certains d'entre eux se rendent coupables de bavures; dans pareilles circonstances, il ne faut pas généraliser et prendre pour responsable de tel acte tout le corps dans sa globalité. Les responsabilités doivent être établies de façon individuelle pour éviter la diabolisation injuste de tout le groupe.

Ces "Jeunes Gardiens de la paix" de Rumonge pensent plutôt que leur œuvre devrait être saluée et soutenue par tout Burundais épris de paix. Le travail qu'ils effectuent ,précisent-ils, requiert énormément de sacrifice: c'est un travail qui leur prend l'essentiel du temps qui exige un don de soit voire même le risque pour leur vie. A cette abnégation dont ils font preuve, Claver et Boniface demandent que, les autorités politico-administratives répondent en honorant les engagements pris à leur endroit. Ici ils les rappellent qu'elles doivent tenir les promesses d'indemnités et d'équipement (logement, matériel de travail …) qu'elles leurs ont faites.

Une autre inquiétude que ces paramilitaires soulèvent est relative à la place qui leur sera réservée à la fin du processus de paix en cours. Ils suivent avec intérêt l'évolution de ce processus. A notre passage à Rumonge, ils nous ont confié qu'ils sont au courant que, avec l'arrêt de la guerre, les accords de paix inter-Burundais prévoient la réforme des corps de défense et de sécurité nationales. Certains de ces corps seront démobilisés mais il leur sera accordé quelques facilités pour réintégrer une vie socio-professionnelle civile, comme les combattants rebelles qui n'auront pas été  retenus dans les nouvelles forces de défense nationale.

Ils interpellent donc les responsables concernés pour que, dans la conduite de cette opération, ils tiennent compte de leur cas. Comme les militaires ou à côté de ceux-ci, ils ont sacrifié l'essentiel de leur temps dans le but ultime de défendre et sécuriser les populations, au grand risque de leur vie; certains d'entre eux en sont d'ailleurs morts. Pour ce faire, ils trouvent que leur sort devrait être analysé parallèlement avec celui des militaires et forces rebelles qui seront démobilisés. Très pertinemment, ils jugent injuste et inadmissible qu'on se préoccupe plus de l'avenir des gens qui ont pillé, violé et massacré les populations innocentes (les rebelles) lorsque sont laissés pour compte ceux qui n'ont ménagé aucun effort, ceux qui ont passé nuits et jours, sous le soleil ou sous la pluie, pour que ces populations aient un peu de répit.

Non, se disent -ils, le gouvernement est quand même conscient, et cherchera à trouver une solution satisfaisante à ce problème. Sinon, c'est d'autres frustrations, autres mécontentements qui seraient créés pouvant de la sorte engendrer d'autres problèmes, d'autres conflits.

L'enjeu est majeur, une question se pose et une réponse doit y être apportée dans toute la délicatesse voulue. Autrement, le risque est grand pour que, ces "jeunes", jadis défenseurs de la paix, ne se transforment en bandes de malfaiteurs, des forces de déstabilisation du pays.

 

                                                                                                              J.D.N.

                                                                                                                      

---

 Retour